Aux origines du parcours de master Communication Publique et Politique (CPP)
Créé lors du passage de la scolarité de Sciences Po Bordeaux de 3 à 5 ans en 2004-2005, le parcours de master CPP a toujours séduit des candidats aux profils variés comme l’explique Samuel Attia, son responsable, par ailleurs associé au sein de l’agence de communication O tempora.
« Nous attirons des élèves fortement motivés par la communication publique d’un côté, la com politique de l’autre, en sachant que certains utilisent de bonne guerre cette formation pour intégrer d’autres univers, sport, culture, corporate ou conseil par exemple. Cela se traduit par des insertions professionnelles très diversifiées ». Pour celles et ceux qui ont embrassé les métiers de la communication politique, un point commun les rassemble : leur engagement politique. « Il n’est pas nécessaire d’être encarté mais il est indispensable de partager les valeurs et les convictions communes avec les personnes, les partis ou les organisations pour lesquels on travaille ». Une posture qui n’est pas forcément nécessaire pour la com publique, même s’il est aussi question d’engagement. « On peut avoir l’esprit de service public et participer à l’information des citoyens sans forcément rouler pour un exécutif » nuance Samuel Attia. Lequel liste les principales qualités pour embrasser de telles carrières. « Il faut être curieux car on apprend sans cesse, être stratège et faire preuve de rigueur car on formalise des messages d’une acuité certaine. Il faut aussi avoir de l’humilité car ce sont des fonctions de l’ombre, dont les outils se transforment en permanence. Enfin, des qualités d’écriture sont indispensables car l’objectif est de convertir des mots en action afin de transmettre des connaissances, travailler des opinions et influencer des comportements ».
Une formation qui plaît aux recruteurs
Énarque, haut fonctionnaire et homme politique, Gaspard Gantzer est connu du grand public pour avoir été Conseiller, chargé des relations avec la presse et chef du pôle communication à la présidence de la République sous François Hollande. Intervenant par le passé du master CPP de Sciences Po Bordeaux, il est particulièrement bien placé pour en parler. « J’ai pris beaucoup de plaisir à intervenir pendant deux ans à travers un cours sur la communication politique avec un focus sur la communication de crise. Je garde le souvenir d’un très bon groupe, attentif, rigoureux et créatif, constitué d’élèves de Sciences Po Bordeaux mais aussi venus d’autres horizons ». Revendiquant l’embauche de diplômés issus de la gen Z1 dans son cabinet conseil, il a accueilli en stage puis a recruté deux anciens élèves de l’institut qui sont restés deux ans dans son agence Gantzer Agency2 avant de poursuivre ailleurs leur trajectoire professionnelle. Il souligne à ce titre la nécessité pour les étudiant·es du parcours de master de bénéficier d’une expérience longue de terrain pendant leurs études afin de mieux appréhender un environnement que Gaspard Gantzer résume d’une phrase : « La communication politique et publique utilise les mêmes techniques, méthodes et pratiques que les autres types de com, toutes soumises à la profusion médiatique, aux enjeux du numérique ou encore à de nouveaux risques, comme les fake news. En revanche, leur finalité n’est pas la même. C’est ce qui fait toute la différence ».
Ouverture à l’apprentissage en M2
L’apprentissage de cette différence fait le sel du parcours CPP qui n’a cessé d’évoluer depuis sa création. Sa maquette pédagogique s’articule autour d’un principe directeur : capitaliser sur la formation initiale de Sciences Po Bordeaux et venir poser de nouvelles briques théoriques, techniques et pratiques. Ce leitmotiv se concrétise dès la première année de master avec l’acquisition de savoirs « appliqués » (en psychologie sociale, en cyber sécurité, en matière d’IA, etc.) et « métiers » (les relations presse, l’événementiel, les outils numériques des communicants, l’écriture presse, la prise de parole en public, etc.).
Il se poursuit en 2e année pour un cursus qui, au global, conjugue théorie et pratique, le rendant à la fois « riche de sens » et « concret » dans une logique « de formation complète ». On ne compte plus les mises en situation ni les ateliers proposés, sans oublier la réalisation de vrais projets « clients ». On citera entre autres une mission pour la RATP destinée à lutter contre les rumeurs en entreprise, une action pour le CHU de Bordeaux afin de rendre attractifs les métiers en lien avec la gériatrie ou encore la création d’une stratégie de com pour l’association La Chance pour la diversité dans les médias qui s’emploie notamment à diversifier les profils des candidats aux écoles de journalisme. Cette approche se matérialise par un programme qui fait la part belle aux intervenants professionnels et qui trouvera à la rentrée prochaine une nouvelle expression puisque la formation s’ouvre à l’apprentissage dès 2026-2027 pour ses étudiant·es de master 2. « Le but est de rendre l’insertion professionnelle plus fluide et progressive, tant pour nos élèves que pour les recruteurs » synthétise Samuel Attia.
Un ancien élève témoigne...
Pierre Landais, diplômé de la promotion CPP 2015, est responsable communication de la société indépendante de production et distribution de films Haut et Court. À première vue, on pourrait penser que l’intéressé s’est éloigné de sa formation initiale. « Ce n’est pas tout à fait vrai puisque je suis parfois confronté à des problèmes qui nécessitent une gestion de com de crise comme je l’ai appris à Sciences Po Bordeaux. Cela arrive notamment lorsque nous distribuons des films engagés comme « Dossier 137 » ou « Palestine 36 » par exemple ». Un cursus dont il garde un souvenir précis puisque son choix de master s’est fait en lien avec son désir fort de travailler dans le cinéma, à travers le prisme des médias et des grands événements cinématographiques. D’où son orientation dans un master dont il a apprécié les exercices concrets, dont l’organisation d’un événement presse.
C’est justement à l’occasion d’un stage en journalisme à France 3 Côte d’Azur parallèlement à ses études qu’il découvre le métier d’attaché de presse lors du Festival de Cannes. Une fonction qu’il occupera ensuite chez Haut et Court comme stagiaire avant de se voir offrir un CDI comme assistant marketing puis responsable du marketing digital des sorties de films. Depuis deux ans, il occupe la fonction de responsable communication, un poste créé sur mesure pour lui au sein d’une petite structure qui s’est fortement développée depuis une décennie et qui compte désormais une quarantaine de salariés.
Pierre Landais a ajouté des cordes à son arc cinématographique puisqu’il développe deux nouvelles activités complémentaires. L’une en qualité de monteur autodidacte de bandes-annonces de films, l’autre à travers sa petite société de production (Luzeronde Films) qu’il a montée avec deux associés. Il est aussi membre de la commission d’aide sélective à la distribution du CNC. « J’ai apprécié le master CPP car il couvrait un spectre assez large des problématiques de communication de terrain en complément d’aspects théoriques qui ont contribué à la structuration de mes idées et à un savoir-être en société et au travail qui m’ont été très utiles ».
... un autre confirme !
Même satisfecit pour Nathan Ortega, diplômé 2020, même si ce dernier comme tous les élèves de sa génération a souffert de la période Covid-19. « J’ai notamment regretté la mise sous cloche de la vie associative. Mais pour le reste, cette formation a été essentielle à mon devenir professionnel ». Attiré très jeune par le métier de conseiller en communication politique après le visionnage de la série Les Hommes de l’ombre, ce dernier a mis son parcours universitaire au service de son objectif professionnel, ponctué d’une licence en information-communication à l’Université Rennes 2 et du master CPP à Sciences Po Bordeaux. « J’ai mis en avant lors de l’entretien de sélection à cette formation mon engagement associatif et plusieurs actions de communication de terrain ».
Appréciant de côtoyer des élèves « très capés en théorie politique », il se nourrit alors des cours académiques proposés par l’établissement et apprécie les travaux de communication appliqués au monde politique. De quoi lui permettre d’intégrer pour son stage de fin d’études le cabinet conseil Vae Solis Communications et d’avoir la surprise de se voir proposer un CDI à son issue. « Je n’avais pas programmé de travailler pour le secteur privé en cabinet de conseil. C’est une expérience que je recommande à tous les étudiant·es de l’école car elle s’avère particulièrement formatrice ».
Les élections législatives de 2024 ont incité le jeune homme doté d’une conscience politique marquée à donner une nouvelle orientation à sa vie professionnelle. Détecté par Carole Delga dont il partage les convictions politiques, il devient en février 2025 l’unique salarié de son micro-parti politique La République en Commun. Sa mission de coordinateur national consiste à porter la voix de l’actuelle Présidente de la Région Occitanie à une échelle nationale. Une mission qui sous-tend de couvrir le spectre d’un tel poste : contact avec la presse, organisation d’événements dont les Rencontres de la Gauche chaque année à Bram dans l’Aude, gestion de l’agenda et préparation des rendez-vous, analyse de la vie politique et rédaction de notes stratégiques, etc. « Si j’avais des conseils à donner aux futurs élèves du master CPP, ce serait celui tout d’abord de ne pas s’arrêter au volet académique mais de multiplier en dehors les interactions car il faut faire preuve de curiosité. Ce serait aussi de décrypter les nouvelles tendances de communication politique, notamment à travers les campagnes électorales ».
Cela tombe bien puisqu’en sus des Municipales de mars 2026, nous allons vivre prochainement les élections sénatoriales, présidentielles, législatives et régionales. Autant de grands rendez-vous politiques qui demanderont des experts en communication !
1 Diminutif de Génération Z, c’est-à-dire les personnes nées entre la fin des années 1990 et le début des années 2010
2 Agence de communication spécialisée en stratégie, relations publiques, médias, e-reputation, événement et communication de crise
