23 février 2026|Événements & culture

"La lecture peut aussi être une activité collective" : des étudiantes de Sciences Po Bordeaux dans le jury du Prix du livre du Réel

Créé en 2017 par la librairie Mollat en partenariat avec Sciences Po Bordeaux et le CIC Sud Ouest, le Prix du Livre du Réel récompense un ouvrage de littérature et une bande dessinée du réel qui conjuguent enquête et création.

Renouer avec la passion de la lecture, s'ouvrir à de nouvelles œuvres ou se lancer dans une expérience littéraire collective, autant de bonnes raisons pour les élèves de l'école d'intégrer le jury du Prix du Livre du Réel. Créé en 2017 par la librairie Mollat en partenariat avec Sciences Po Bordeaux et le CIC Sud Ouest, il récompense chaque année un ouvrage de littérature et une bande dessinée du réel qui conjuguent brillamment enquête et création.

Présidé par Éric Fottorino, le jury était composé cette année de Judith Perrignon, Jean-Claude Raspiengeas, Richard Werly, de lecteurs du CIC Sud Ouest, de libraires de la librairie Mollat, mais aussi d'élèves de Sciences Po Bordeaux. Nous avons recueilli les témoignages de nos quatre élèves jurées, Alice Fay, Juliette Schuck, Emma Buffard et Camille Rippe, quelques jours après l'annonce des deux œuvres lauréates de l'édition 2026.

Qu’est-ce qui vous a touchée ou interpellée dans les œuvres sélectionnées ?

Alice : J’ai trouvé le corpus d’ouvrages très diversifié. Il y avait des thématiques très dures, des sujets difficiles, mais aussi des sujets plus légers. Je retiendrai particulièrement Folcoche de Emilie Lanez et Flamme, volcan, tempête de Pierre Boisson. Ces deux ouvrages sont des enquêtes sur d’autres auteurs et leurs ouvrages phares (Vipère au poing et Ecarlate). Je n’avais lu aucun des deux livres dont il était question, et les deux ont été de superbes découvertes littéraires !

Emma : J’ai été particulièrement interpellée par la place accordée aux femmes, notamment dans Folcoche et Flamme, Volcan, Tempête. Il s’agit, selon moi, de récits qui contribuent à réhabiliter les personnages féminins dans la littérature, encore trop souvent présentés comme insipides ou mis à l’écart au profit de figures masculines. Ces deux ouvrages permettent de déplacer le regard, en proposant des représentations plus nuancées et plus complexes.

Camille : L’exigence documentaire, sans pour autant sacrifier le plaisir de lecture, est exactement ce qui m’a passionnée. La sensibilité d’écriture dans certaines œuvres comme Là où tu vas : voyage au pays de la mémoire qui flanche ou L’adieu au visage m’ont profondément touchée. Il y a dans ces livres une façon d'approcher la fragilité humaine comme la maladie ou là l’oubli, qui est à la fois juste et pudique.

Juliette : J'ai particulièrement apprécié l'œuvre de Fiammetta Ghedini, Une insatiable envie de douceur : enquête sur le sucre, qui a su allier humour et intelligibilité pour nous faire comprendre des mécanismes historiques et scientifiques à propos d'un aliment qui inonde nos assiettes contemporaines : le sucre. De son côté, Démontagner de Maxime Cain m'a beaucoup touché de par la beauté des graphismes laissant apparaître la poétique des petites choses. Le plus difficile a sûrement été de comparer et hiérarchiser plusieurs œuvres qui me semblaient autant différentes les unes que les autres : toutes très riches mais incomparables. Les mettre au même plan d'analyse a parfois demandé un peu de travail mais faire des choix, c'est aussi se questionner sur ce que l'on a lu et cette introspection nous a poussé à davantage qu'une simple lecture de chevet.

Comment avez-vous fait votre choix ? Sur quels critères ?

Juliette : Concernant les choix des œuvres, nous souhaitions mettre en avant des ouvrages et bandes dessinées qui collent le plus avec le “réel” en alliant enquête, information, agréabilité de lecture et/ou graphisme. Nous nous sommes réunis pour échanger autour de nos lectures et voter pour nos préférées. Mais le point principal guidant nos choix fut surtout les lectures nous ayant le plus marquées.

Emma : Mon critère principal relevait du ressenti au fil de ma lecture et de la capacité de l’ouvrage à me captiver. Ensuite, j’ai accordé une grande importance à la rigueur documentaire, qui constitue l'élément central dans la littérature du réel. Plus spécifiquement pour les BD, j’ai été attentive aux dessins : mon appréciation globale tenait compte du graphisme et de ce qu’il apporte au récit.

Camille : Pour les BD, les critères étaient établis sur le contenu et sur l’esthétisme de l’ouvrage. Pour les romans, je me suis majoritairement concentrée sur le style d’écriture, le dynamisme global de l'œuvre et l'intérêt suscité pour le thème mis en lumière dans l’ouvrage. Toutefois, au fil de mes lectures, mes choix se sont imposés d'eux-mêmes, au-delà des critères définis au départ.

Alice : En réfléchissant à mon appréciation des ouvrages, j’ai essayé de réfléchir à la fois au fond et à la forme. Comme je suis en master de recherche [le parcours de master Science politique et sociologie comparatives, ndlr], j’ai accordé une attention particulière aux méthodes de recherche et à la restitution de celle-ci. Le style et la fluidité du récit étaient aussi très importants dans mes critères. Pour les romans graphiques et bandes dessinées, le style de dessin et la clarté des pages ont pu faire la différence dans l’établissement de mon classement personnel. Mais mon approche du choix était aussi vraiment subjective. Je pense que le plaisir pris à la lecture est vraiment important, alors j’ai favorisé les ouvrages qui m’ont fait forte impression et auxquels j’ai continué à penser même une fois terminés.

Que retiendrez-vous de cette expérience ?

Camille : Je retiens une expérience véritablement enrichissante. Ce jury m'a permis de sortir de mes habitudes de lecture et de découvrir des œuvres que je n'aurais probablement pas explorées spontanément. Les échanges avec les autres jurés ont par ailleurs constitué un aspect essentiel de cette aventure. Cette expérience m'a rappelé la puissance du livre documentaire et surtout sa capacité à éclairer des réalités méconnues. Je recommande sincèrement cette aventure à tous les passionnés de littérature.

Emma : Sur le plan humain, l'expérience m’a permis de me rapprocher d’autres étudiantes que je connaissais, mais dont je n’étais pas particulièrement proche. Personnellement, l'expérience a été stimulante car elle m'a permis de me plonger dans un genre d’écriture qui m’était relativement inconnu. J’ai plutôt tendance à privilégier les romans ou la fiction, davantage que la littérature du réel. Également l’expérience m’a permis de retrouver une certaine discipline de lecture. 

Alice : C’était un exercice très intéressant de prendre des notes en lisant. J’ai depuis commencé à tenir un carnet pour noter et commenter mes lectures ! J’ai adoré confronter mon point de vue à celui des autres. Devoir réfléchir ensemble à la sélection était une super expérience. Un bon rappel que la lecture peut aussi être une activité collective. Les sujets des livres du corpus sont aussi très variés. Ils m’ont souvent servi d’exemples que j’ai mobilisé dans des exposés, des dissertations… et même au Grand Oral !

Juliette : J'ai beaucoup aimé lire un corpus dont nous n'avions pas forcément l'habitude avec les cours. La force de ses œuvres résidait surtout dans leur lisibilité et l'intérêt-même de leur objet : ces enquêtes et panoramas de sujets sociétaux ont été passionnants à découvrir. Nous avons appris des choses tout en prenant du plaisir. Surtout, avoir le privilège de contribuer collégialement à la récompense d'une de ces œuvres était un objectif d'autant plus stimulant dans nos lectures.

 

Les deux œuvres lauréates de l'édition 2026 du Prix du Livre du Réel sont "Folcoche" d’Émilie Lanez et "Drogue : une histoire mondiale" de Jean-Pierre Pécau et Nicolas Otéro.

La remise du prix aura lieu le mercredi 11 mars 2026, lors d’une rencontre animée par le président du jury Éric Fottorino à la station Ausone de la Librairie Mollat à Bordeaux.