02 juillet 2026|Chaires

Chaire TRENT : la mise en lumière des transitions énergétiques territoriales

La Chaire Transitions Énergétiques Territoriales (TRENT) de Sciences Po Bordeaux explore toutes les facettes des transitions énergétiques territoriales depuis 2019. En complément de son expertise interdisciplinaire et de sa faculté à créer des synergies entre étudiants, universitaires, industriels et décideurs, la Chaire s’adresse de plus en plus aux citoyens, une démarche renforcée par son partenariat avec la Commission nationale du débat public (CNDP).

En 2019, lors de la création de la Chaire TRENT de Sciences Po Bordeaux, la thématique de la transition énergétique montait en puissance mais demeurait une affaire de politique publique. Elle devient un objet médiatique de premier plan à partir de 2021 comme le confirme l’étude Aday-L’Obsoco1. Celle-ci indique une couverture du sujet par la presse et les médias en hausse de 11% sur un an avec la diffusion de 5 000 articles par mois en moyenne.

Entre le déclenchement de la guerre en Ukraine (qui a généré une crise énergétique mondiale) et les conséquences du conflit au Moyen-Orient (qui a mis une nouvelle fois en exergue notre dépendance aux hydrocarbures), les citoyens ont pris conscience que la transition énergétique revêtait - au-delà du changement climatique - un enjeu stratégique de souveraineté nationale.

On saura donc gré aux responsables de la Chaire TRENT d’avoir donné dès le départ à cette Chaire une coloration interdisciplinaire. « Nous nous appliquons à œuvrer au rapprochement des universitaires, des opérateurs, des industriels, des décideurs et même du grand public grâce à des évènements ouverts au plus grand nombre. Ce positionnement se traduit par des actions qui vont de l’expertise à la vulgarisation » confirment d’une même voix Sébastien Chailleux2, son directeur scientifique, et Sylvain Roche3, son chargé de projet. Bien évidemment, le volet formation reste la pierre angulaire de son action via la mobilisation des étudiants du parcours Gouvernance des transitions énergétiques (GTE) de l’établissement.

Ce cursus forme des professionnels capables de piloter les transformations écologiques des villes et territoires. Un master dont la raison d’être (« lutter contre la crise climatique et favoriser la biodiversité et le bien-être humain ») parle particulièrement aux générations actuelles et futures de l’école. L’articulation entre ce parcours et la Chaire est telle que cette dernière « offre » chaque année un voyage d’étude à Bruxelles à une vingtaine de ses étudiants afin de leur permettre de mieux comprendre le rôle de l’Union Européenne dans les politiques de transition. Cette immersion est financée par des mécènes dont Engie, partenaire de la première heure de la Chaire TRENT.

Des partenaires historiques

« Nous soutenons la Chaire TRENT depuis sa création car nous sommes convaincus que tout se passe au plus près du territoire » explique Sabine Devynck, directrice régionale Nouvelle-Aquitaine d’Engie. « La Chaire constitue un lieu d’ancrage fort à l’échelle régionale car elle renforce l’innovation locale et créée un véritable pont entre étudiants, chercheurs et entreprises. J’apprécie sa vision interdisciplinaire des transitions énergétiques sur le territoire qui permet de confronter les connaissances académiques aux réalités de terrain et contribue à faire de notre territoire un acteur pleinement engagé ». La directrice régionale souligne également l’approche « gagnant-gagnant » du partenariat. « Au-delà d’un soutien financier, notre équipe en région apporte aux étudiants une large expertise puisqu’Engie intervient sur toute la chaîne de valeur des industries de l’énergie. Les promotions d’élèves qui se rendent à la Commission européenne chaque année rencontrent aussi nos collègues bruxellois ».

Inversement, le premier fournisseur de gaz naturel et d’électricité verte en France se nourrit de la vision des élèves du parcours GTE. « Nous leur avons notamment demandé de travailler la question de la féminisation des métiers de l’énergie4 dans le cadre d’un projet tutoré, un sujet qui nous tient particulièrement à cœur » souligne la directrice régionale, apportant des preuves à cette assertion. « L’égalité femmes-hommes constitue un des piliers de la politique d’Engie. Elle se traduit par une parité effective sur tous les postes de direction jusqu’au plus haut sommet de notre entreprise avec Catherine MacGregor, Directrice Générale ». Sabine Devynck se félicite à ce titre de voir « beaucoup d'étudiantes » dans le master GTE, les encourageant à affirmer leur ambition. « Les jeunes femmes sont souvent réticentes à postuler si elles ne cochent pas toutes les cases d’un poste à responsabilités. Je leur dis d’oser candidater afin de devenir les patronnes de demain ! ».

Au cœur des territoires

La Caisse des Dépôts constitue un autre mécène historique de la Chaire. Sa représentation a été confiée à la direction régionale Nouvelle-Aquitaine de la Banque des Territoires qui donne, elle aussi, aux enjeux territoriaux une place capitale. Branche de la Caisse des Dépôts créée en 2018, celle-ci finance et accompagne les projets des collectivités, du logement social et des acteurs locaux.

Incarnation de la célèbre institution financière publique française fondée en 1816, la Banque des Territoires voit à travers la Chaire TRENT le moyen de faire connaître son positionnement et de se confronter à d’autres regards dont ceux d’universitaires. « C’est aussi l’occasion de nous réinterroger sur nos pratiques et nos postures, en échangeant notamment avec des partenaires spécialistes des questions énergétiques et de ses enjeux » selon son directeur Arnaud Beyssen. Ce dernier, qui siège au sein du Comité de pilotage de la chaire, est un ancien élève de l’école (promotion 1993). Son point de vue sur la pertinence d’une formation à la transition énergétique au sein de l’institut s’avère donc particulièrement intéressant. « Il est capital que les étudiants de l’école d’aujourd’hui bénéficient d’une formation de qualité aux enjeux de réindustrialisation, de décarbonation et, plus largement, d’environnement et de transition adaptée aux réalités du terrain ». Il trouve à ce titre la posture de de la Chaire TRENT particulièrement juste, à la croisée des différents champs relevant des sciences humaines et sociales et des sciences de l’ingénieur. « La Banque des Territoires est un bon exemple de cette hybridation puisque nous disposons de salariés aux profils très variés, dont des ingénieurs. Associer la formation généraliste de Sciences Po Bordeaux à une tonalité scientifique ne peut que renforcer l’employabilité des élèves ».

Au même titre que les autres partenaires, la Banque des Territoires Nouvelle-Aquitaine participe aux nombreux événements organisés par la Chaire. Raphaël Roge, son responsable de la structuration de projets numériques et de la mobilité durable, est ainsi intervenu dans la table-ronde IA, énergie et territoires : des enjeux compatibles ? organisée en mars 2026.

Un projet scientifique éclairé

Cet événement symbolise à lui seul ou presque les orientations du projet scientifique 2025-2027 de la Chaire. Ce dernier s’inscrit en lien avec plusieurs projets développés au sein du Centre Émile Durkheim et de Bordeaux Sciences Économiques. L’occasion de préciser que si la Chaire TRENT ne finance pas directement des travaux de recherche, elle valorise les productions scientifiques de ces deux laboratoires de recherche.

Ce projet scientifique vise ou renforce plusieurs objectifs, à commencer par le développement des partenariats avec les acteurs néo-aquitains de la transition écologique. Cette démarche présente l’avantage pour les étudiants de l’établissement d’élargir leurs opportunités de stages, d’apprentissages, de projets tutorés et de visites de sites industriels. Cette feuille de route a prévu d’élargir les débats sur la transition énergétique au-delà de la seule électrification et de la production d’électricité renouvelable, ce qui est effectivement le cas.

La Chaire TRENT aborde d’autres sujets clés, comme la production de biogaz et d’hydrogène vert, le transport et le stockage géologique de CO2 ou encore la réouverture de mines en France (lithium, cuivre, nickel, cobalt...). Autant de thématiques dont les travaux sont de nature à enrichir la connaissance des décideurs territoriaux confrontés à ces enjeux. Conformément à ses nouvelles orientations, la Chaire se positionne de plus en plus comme une plateforme régionale de croisement et d’échanges entre industrie-société-sciences de premier plan, multipliant les initiatives en France comme à l’étranger, avec le Québec notamment. Il suffit d’ailleurs de consulter les actualités de son site pour découvrir les nombreuses manifestations qu’elle impulse ou auxquelles elle participe.

Enfin, la Chaire TRENT veut accompagner et comprendre le rôle des dispositifs de débat public, un axe déployé depuis de nombreuses années et conforté par la signature d’une convention de partenariat avec la Commission nationale du débat public (CNDP).

Sciences Po Bordeaux, une agora pour le débat public

Garante5 et déléguée Nouvelle-Aquitaine de la CNDP, Julie Dumont relate une collaboration au long cours avec la Chaire TRENT. Laquelle n’est pas étrangère au Grand Oral des Rencontres Sciences Po Bordeaux / Sud Ouest de Chantal Jouanno en octobre 2021, alors présidente de l’autorité administrative indépendante qui veille au respect de la participation du public dans les décisions qui affectent l’environnement en France.

L’ancienne ministre a été remplacée depuis 2023 à la tête de la CNDP par Marc Papinutti qui a officialisé en mai 2025 le partenariat avec la Chaire. « Il est impensable de se passer de l’avis des jeunes dans le débat public, a fortiori sur des concertations liées aux transitions énergétiques et écologiques qui vont les concerner au premier chef puisque ce type de projet s’inscrit souvent dans le temps long à 10, 20 ou 40 ans ». Quant à l’intérêt de faire appel aux élèves de Sciences Po Bordeaux, le Président de la CNDP apprécie « leur bonne compréhension des enjeux qui se traduit par des contributions de qualité et leur faculté à faire un pas de côté en posant des questions pertinentes qui sortent des sentiers battus ». On citera à ce titre la réalisation par des étudiants du master 2 Gouvernance des transitions écologiques d’une fiche de restitution d’un atelier pédagogique en lien avec le débat public visant à préparer le 6e Plan National de Gestion des Matières et Déchets Radioactifs (PNGMDR) 2027-2031.

On pourrait aussi évoquer une commande de projet tutoré de la CNDP au parcours de master GTE sur « la participation des jeunes au débat public » que Marc Papinutti qualifie « de complet avec un recueil de bonnes pratiques » dont son Autorité va se saisir, cette dernière s’ouvrant de plus en plus à de nouveaux modes d’expression qui ont les faveurs des jeunes générations. Le rapprochement entre la CNDP et Sciences Po Bordeaux se traduit également par la participation de ses équipes à des cours et à des colloques scientifiques organisés par Sciences Po Bordeaux. Il prend aussi forme par des actions de sensibilisation et de médiation scientifique à destination du grand public que la Chaire TRENT multiplie.

Une démarche qui lui a valu de recevoir en juin 2026 le Prix "Diffusion des Savoirs" lors du dernier dîner de gala de la Fondation Bordeaux Université. De quoi faire de Sciences Po Bordeaux une agora du débat public que la CNDP cultive en France, avec pas moins de 182 dispositifs participatifs en cours où toutes les opinions ont droit de cité.

 

1 Étude commanditée par l’Alliance de la presse d’information générale, la Fédération Nationale de la Presse d’information Spécialisée et le Syndicat des Éditeurs de la Presse Magazine sur la base de 881 sources (print de quotidiens nationaux, régionaux, magazines d'information générale et à centre d’intérêt, presse jeunesse et presse professionnelle) sur la base de d’analyses lexicométriques, matricielles des sujets et par topics modeling.

2 Maître de conférences en science politique à Sciences Po Bordeaux et chercheur au Centre Émile Durkheim, Sébastien Chailleux est aussi co-directeur du parcours de master Gouvernance de la Transition Écologique de Sciences Po Bordeaux.

3 Docteur en sciences économiques, ingénieur de recherche et enseignant associé

4 L’étude Women, Gender equality and the energy transition in the European Union réalisée par le think tank du Parlement européen de 2019 indiquait que le secteur énergétique européen était composé de 77,9% d’hommes et 22,1% de femmes

5 Personne chargée de veiller à la qualité, à la sincérité et à l’intelligibilité des informations diffusées au public et au bon déroulement de la concertation.